Quand l’eau sauve des vies

lundi 29 juin 2026

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Après une catastrophe, l’élément le plus naturel devient souvent le plus grand danger : l’accès à une eau potable devient une question de survie. Notre série consacrée aux cinq domaines d’action du Rotary s’intéresse cette fois au Service international. À l’honneur : un projet concret qui crée un lien entre une association locale et les zones de catastrophe du monde entier, entre une course populaire à Lucerne et les régions frappées par les crises.

Le Service international en pratique : Water Survival Box Suisse

Une course urbaine est un curieux mélange de discipline et de spectacle. Des personnes paient un droit d’inscription pour parcourir les rues d’une ville sous une météo printanière parfois capricieuse, tandis que le public les encourage. À Lucerne, cette tradition fait partie intégrante du mois de mai. En mai 2025, elle a toutefois pris une dimension supplémentaire : 184 membres de la famille rotarienne ont pris le départ sous la bannière de RUN4WATER.

Le principe était d’une remarquable simplicité : chaque kilomètre parcouru et chaque don recueilli contribuaient directement à fournir de l’eau potable là où, après une catastrophe, elle devient une question de survie. Au final, 107 000 francs ont été récoltés. Cette somme a permis de financer 535 Water Survival Box, offrant à près de 2 700 personnes un accès concret à l’hygiène, à la santé et à une part d’autonomie dans une situation de crise.

Ce qui pourrait ressembler à une campagne de bienfaisance classique touche en réalité à l’un des aspects les plus fondamentaux – et souvent sous-estimés – de l’aide humanitaire. Les catastrophes naturelles détruisent les habitations et les routes, mais elles interrompent presque toujours l’approvisionnement en eau. Lorsque les puits sont contaminés et les conduites endommagées, l’élément le plus naturel qui soit devient soudain une menace.

Quand l’eau devient une question de survie

En Suisse, rares sont ceux qui réfléchissent à la disponibilité de l’eau potable. Il suffit d’ouvrir un robinet pour qu’elle coule. Ici, l’eau n’est pas une préoccupation : elle fait simplement partie des infrastructures. À l’échelle mondiale, pourtant, près de 700 millions de personnes n’ont pas accès de manière fiable à une eau propre. Lorsqu’un tremblement de terre, un ouragan, une inondation ou un conflit armé frappe une telle région, des maladies comme le choléra ou la typhoïde se propagent rapidement. Les premières victimes sont souvent celles dont les forces sont déjà affaiblies par la fuite, les blessures ou la précarité.

C’est précisément à ce moment que la Water Survival Box intervient. L’objet lui-même est d’une grande simplicité : un conteneur en plastique rouge muni d’un couvercle bleu, robuste et empilable. Toute son intelligence se révèle à l’intérieur. Son élément central est un filtre mécanique microporeux qui élimine les impuretés, les virus et les bactéries sans électricité, sans piles, sans charbon actif et sans additifs chimiques. Un seul système permet d’approvisionner une famille de cinq personnes en eau potable pendant une durée pouvant atteindre cinq ans.

Avec seulement 200 francs suisses, une Water Survival Box peut être livrée directement à une famille qui en a le plus besoin. Une somme étonnamment modeste au regard de son impact durable : une protection contre les maladies et une part d’autonomie retrouvée dans une situation où tout échappe à leur contrôle.

Le contenu de la boîte ressemble à une véritable anatomie de la survie. Des outils tels qu’un marteau, une scie, une pince, une corde et des bâches permettent d’installer un abri provisoire. De la vaisselle en acier inoxydable garantit une hygiène de base. À cela s’ajoutent des objets essentiels du quotidien : savon, matériel de premiers secours, lampes solaires ainsi que des blocs-notes et des crayons. Lorsqu’on a tout perdu, ce sont précisément ces objets simples qui reprennent une immense valeur. Une lampe apporte un sentiment de sécurité dans l’obscurité ; une balle de tennis, des crayons de couleur ou un carnet représentent souvent, pour un enfant, bien plus qu’on ne pourrait l’imaginer depuis la Suisse.

Le concept diffère fondamentalement de la distribution de bouteilles d’eau, rapidement consommées et génératrices de déchets. La Water Survival Box ne fournit pas seulement un produit, mais un système. Les personnes touchées peuvent elles-mêmes transformer l’eau de surface en eau potable et retrouver ainsi une part de leur autonomie.

L’idée est née en 2004, après le tsunami dans l’océan Indien, à l’initiative du Rotary Club Chelwood Bridge, en Angleterre. Ce qui n’était au départ qu’un élan spontané est devenu une action humanitaire rigoureusement standardisée, inscrite depuis 2008 sur la liste officielle des « Opportunities to Serve » du Rotary. Depuis lors, plus de 22 000 Water Survival Box ont été déployées lors de 92 catastrophes dans 47 pays, d’Haïti au Pakistan, de la Syrie à l’Ukraine.

Le principal défi reste celui que les spécialistes appellent le « dernier kilomètre ». Les cargaisons doivent franchir les douanes, surmonter des procédures administratives complexes et parvenir directement jusqu’aux familles concernées. C’est là que le réseau mondial du Rotary joue un rôle essentiel, aux côtés d’organisations humanitaires implantées sur le terrain. Les clubs locaux et les ONG connaissent les réalités de leur région, coordonnent la logistique et veillent à ce que l’aide parvienne effectivement à celles et ceux qui en ont besoin.

Le Service international sous la signature suisse

En Suisse, le projet a pris forme en 2016 à la suite d’une collecte de fonds organisée pour Haïti. Afin d’inscrire cette aide dans la durée, des Rotariens suisses ont fondé l’année suivante, à Lucerne, l’association Water Survival Box Schweiz–Suisse–Svizzera. Forte d’environ 90 membres, elle fonctionne entièrement grâce au bénévolat. Ce modèle volontairement léger garantit que chaque franc donné est consacré à l’achat, au transport et à la distribution des Water Survival Box, sans frais administratifs superflus.

Depuis sa création, l’association suisse est présidée par le Rotarien Bernhard Etienne et soutenue par un comité particulièrement engagé, composé de Rotariens, d’Inner Wheel et de membres du Rotaract. Leur manière de travailler, à la fois pragmatique et rigoureuse, reflète parfaitement l’esprit du projet : les privilèges créent des responsabilités. Vivre dans un pays où l’eau est abondante implique une responsabilité envers les régions où cette ressource vitale fait défaut.

Cette responsabilité mobilise des acteurs très divers. Outre l’eClub Zentralschweiz, à l’origine de la participation au Lucerne City Run, des entreprises et des acteurs du tourisme jouent également un rôle de multiplicateurs. Les remontées mécaniques du Titlis ont soutenu le projet pendant de nombreuses années par des actions de collecte de fonds, tandis que l’hôtel Hauser, à Saint-Moritz, a reversé une partie des recettes issues de la vente de son eau de source locale sous le slogan « Drink & Donate ». La logique est presque évidente : là où l’eau fait partie de l’identité d’une région, de son économie ou de son art de vivre, elle devient aussi un levier de solidarité.

Peu de structures, beaucoup d’impact

Le projet doit également sa réussite à l’engagement des Rotary Clubs suisses. Marco Baur a récemment présenté la Water Survival Box au RC Fürstenland, à Gossau, en apportant une boîte entièrement équipée. De telles rencontres rendent soudain tangible une réalité humanitaire souvent perçue comme lointaine. On ne découvre pas seulement des statistiques, mais des outils, un filtre et l’ingénieuse simplicité d’un concept pensé pour sauver des vies.

Le Service international, l’un des cinq domaines d’action du Rotary, vise à promouvoir la compréhension entre les peuples et une coopération concrète au-delà des frontières. La Water Survival Box trace un lien direct entre une course populaire à Lucerne et un campement provisoire au Maroc, entre une réunion de club à Gossau et une famille en Ukraine.

Il ne s’agit pas d’une vision abstraite d’un monde meilleur, mais d’une combinaison de logistique efficace et de partenariats fiables. Le projet ne cherche ni à dramatiser les situations ni à prétendre résoudre tous les problèmes du monde. Il se concentre sur l’essentiel : une boîte, un filtre, une famille. Sur l’eau – bien le plus ordinaire en Suisse et le plus précieux dans de nombreuses régions du monde. C’est précisément ce qui fait de la Water Survival Box un projet exemplaire du Service international.

En septembre 2027, Water Survival Box Suisse célébrera son dixième anniversaire. Une belle occasion pour les clubs de poursuivre et de développer ce projet exemplaire dans le cadre du Service international.

Le Rotarien Bernhard Etienne préside l’association Water Survival Box Suisse–Suisse–Svizzera.