«Le vin est un révélateur de l’âme»

dimanche 1 mars 2026

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«Avant de se boire, le vin se parle. Il est une invitation à communiquer»: c’est en ces mots que s’exprime la passion de Simone de Montmollin, ingénieure œnologue, pour ce qu’elle considère comme un pilier de notre art de vivre. La Rotarienne du RC Genève Palais Wilson œuvre tant sur le plan scientifique que politique pour préserver et valoriser ce lien profond à la terre que nos ancêtres nous ont légué. Elle partage également quelques clés de compréhension autour d’un produit qui dépasse largement le statut d’une simple boisson.

Après une formation professionnelle dans le domaine médical puis un diplôme de gestion d'entreprise, Simone de Montmollin a poursuivi son parcours dans les sciences du vivant dès 1996. Elle obtient son diplôme d’Ingénieure HES en viticulture-œnologie en 2001.

Son riche parcours professionnel embrasse l’enseignement, la recherche et la communication dans les domaines de la vitiviniculture et de l’agronomie. Il se déploie à travers des fonctions à la fois indépendantes et dirigeantes: elle a notamment été directrice puis présidente de l’Union suisse des œnologues, a assuré la présidence du Comité d’organisation du 42e Congrès mondial de l’Organisation internationale de la vigne et du vin, tenu à Genève en juillet 2019, et préside aujourd’hui le Conseil de fondation de CHANGINS, centre de compétences national pour la formation supérieure des métiers de la vigne et du vin et de l’arboriculture, ainsi que le Swiss Institute for Bioinformatics et le Centre de compétence 3R, sans oublier son engagement politique, entamé en 2008.

La place des femmes

On comprend dès lors pourquoi elle affirme sur son site www.simonedemontmollin.ch que «le vin n’est pas qu’une affaire d’hommes». La viticulture a longtemps été perçue comme un métier masculin, en raison de la pénibilité du travail et du poids des traditions, rappelle-t-elle. «Les femmes étaient pourtant bien présentes, mais cantonnées à des tâches jugées secondaires. L’évolution de la place des femmes dans la société et les avancées technologiques du 20e siècle ont profondément transformé cette réalité: aujourd’hui, le pourcentage de femmes dans les formations en viticulture et en œnologie est parfois même supérieur à celui des hommes, selon les volées.» C’est aussi l’occasion de rappeler que nombre de domaines prestigieux existent encore aujourd’hui grâce à la détermination de femmes pionnières. Simone cite, parmi de nombreuses exemples, Barbe-Nicole Clicquot, veuve à 27 ans, première femme à diriger une maison de Champagne. Plus près de nous, le domaine des Dames de Hautecour à Mont-sur-Rolle (VD), transmis de mère en fille depuis 1649, illustre lui aussi cette continuité féminine. Le vin apparaît ainsi, de tout temps, comme un révélateur de talents féminins – une réalité dont elle se réjouit: «C’est inspirant pour la jeune génération.»

Former les jeunes

Former les jeunes face aux défis économiques, environnementaux et culturels de la filière vitivinicole ne se limite pas à l’apprentissage de techniques. Pour Simone, il s’agit avant tout de donner du sens, de cultiver l’exigence et d’accompagner l’évolution d’un métier profondément ancré dans le vivant. «CHANGINS joue à cet égard un rôle clé, en formant des professionnelles et des professionnels capables de relever les défis d’aujourd’hui sans renier l’héritage d’hier – un engagement que je porte pleinement en tant que Présidente du Conseil de fondation.»

Patrimoine universel

Derrière chaque verre, c’est toute une filière aujourd’hui fragilisée qui joue son avenir. Investir dans la formation, c’est préserver un patrimoine tout en préparant l’avenir. Car oui, le vin fait partie de notre patrimoine universel, comme le souligne Simone. Elle reconnaît que la mondialisation a mis en lumière d’autres traditions – thés, bières ou spiritueux –et que l’on observe une baisse globale de la consommation de vin, «liée à l’évolution des modes de vie, aux réglementations et à un certain hygiénisme contemporain». Mais pour elle, il ne fait aucun doute que le vin restera un pilier de notre art de vivre, conservant sa valeur symbolique unique: celle du temps accordé, de l’attention portée à l’autre et du plaisir partagé.

Le vin dépasse largement le statut de simple boisson: il est le fruit d’une longue histoire humaine. L’ingénieure œnologue rappelle que les premières traces de vinification remontent à plus de 8000 ans, dans le Caucase, et que les plus anciennes installations de pressurage connues ont été découvertes dans le sud de l’Arménie. La culture de la vigne accompagne ensuite les migrations humaines, diffusée autour de la Méditerranée par les Grecs, puis à travers l’Europe par les Romains. En Suisse, la vigne est présente depuis plus de deux millénaires, signe d’un enracinement profond et durable.

Dès l’Antiquité, le vin n’est pas réservé à une élite: il est consommé par toutes les couches de la population, selon des usages et des qualités différenciés. Strictement codifiée chez les Grecs, toujours coupée d’eau, sa consommation se hiérarchise chez les Romains entre vins de prestige et vins plus simples. Au Moyen Âge, jugé plus sûr que l’eau, le vin s’impose dans le quotidien, tandis que l’extension des vignobles, du XIIe au XVe siècle, en généralise l’usage. Boisson courante puis symbole de fête et de statut social, il devient dès le XIXe siècle un produit de commerce florissant, porté par les grands pays producteurs.

Partage, joie et découverte

Cette diversité de vins et d’usages perdure aujourd’hui encore, rappelant que, au-delà des distinctions sociales, le vin a toujours été un vecteur de partage. C’est d’ailleurs l’une des valeurs que Simone lui associe, aux côtés de la joie et de la découverte. Marqueur identitaire, il témoigne de notre héritage culturel et du lien profond à la terre transmis par nos ancêtres. «Le vin est une invitation à communiquer; il se parle avant de se boire. Expérience intime, il est magnifié par le partage et sublimé par ce léger état second qui fait tomber les retenues et laisse s’exprimer le meilleur de nous-mêmes.»

Avec un clin d’œil, elle cite Rousseau, pour qui «ceux qui ne boivent pas ont l’âme perfide et certainement des secrets à cacher». Si l’époque où boire un verre relevait d’une simple euphorie est sans doute révolue selon elle, il n’en reste pas moins que plonger son nez dans un verre, en inhaler les arômes, libère la parole et éveille le regard. «Le vin est et restera un révélateur de l’âme», affirme-t-elle.

Née à Lausanne, Simone de Montmollin vit aujourd’hui avec sa famille à Laconnex, une commune viticole située dans le canton de Genève. À la suite de son élection au Parlement fédéral en 2019 en tant que conseillère nationale PLR, on la croise aussi souvent à Berne. Elle y a, entre autres, présidé la Commission de la Science, de l’Education et de la Culture et siège également à la Commission de l’environnement, aménagement du territoire et de l’énergie. Son action politique vise à défendre «une économie qui préserve tant le travail que notre patrimoine naturel» et s’engage notamment sur les questions en lien avec l’approvisionnement alimentaire et énergétique de la Suisse, le travail et la prospérité, la formation, la recherche et l’innovation. Elle est membre du Rotary Genève Palais Wilson depuis 2013. «Pour moi, le Rotary, ce sont des rencontres vraies et bienveillantes, hors de mes cadres habituels, et une façon de rester engagée au service d’actions concrètes et solidaires, même lorsque mes fonctions m’éloignent de Genève.»

Des astuces pour le service

• Le verre: un bon verre doit permettre au vin de s’exprimer pleinement. Les verres de dégustation, comme ceux inspirés du modèle INAO, l’Institut national de l’origine et de la qualité, ont été conçus dans ce but, tout en respectant les codes de la table. Les formes tulipe sont généralement propices pour concentrer et libérer progressivement les arômes.

• La température: il vaut toujours mieux servir un vin légèrement trop frais que trop chaud. En général, 7 à 10 °C pour les blancs et 11 à 13 °C pour les rouges.

• L’ordre de dégustation: on sert du plus léger au plus structuré, des vins les moins aromatiques aux plus intenses. Les vins sans tanins précèdent ceux qui en contiennent, et les vins élevés en cuve viennent avant ceux passés en barrique.

• Les accords: l’objectif est que le vin et le plat se révèlent mutuellement, sans que l’un n’écrase l’autre. Que les qualités de l’un réhaussent celles de l’autre. Une viande plutôt grasse sera réhaussée par un vin rouge plus vif. Un fromage à pâte dure trouvera avec un vin blanc structuré, élevé en fût un complément magnifique. Comme dans la vie, la réussite tient à la justesse de la rencontre. Un conseil: tester le mariage avant!


Au vignoble: la Rot. Simone de Montmollin