Les codes de la beauté

mercredi 1 avril 2026

Denise Lachat

Esthéticienne médicale, la Rot. Nathalie Monaco observe depuis plus de vingt ans l’évolution des codes de la beauté. Entre démocratisation des soins, influence des réseaux sociaux et quête de bien-être, la directrice de l’Institut The Beauty Corner à Vevey défend une approche personnalisée, respectueuse des corps et des choix de chacune – loin du formatage.

Nathalie, vous êtes esthéticienne médicale et travaillez sur les cellules à l’aide d’appareils spécialisés. Pourtant, vous avez commencé par l’onglerie il y a une vingtaine d’années. Le métier a-t-il beaucoup évolué?

Oui, énormément. Aujourd’hui, on dispose d’un choix immense de couleurs et de techniques de modelage : chablons, tips, acrylique, popits… Le véritable tournant a été l’arrivée du gel, il y a environ trente ans. Avant cela, les ongles artificiels étaient extrêmement coûteux et réservés à une élite, notamment aux stars de cinéma. Très peu de personnes exerçaient alors ce métier. On travaillait avec les fibres de verre ou de soie, et la couleur rouge était pratiquement la seule disponible.

Vous parlez d’une élite il y a quarante ou cinquante ans. Aujourd’hui, presque toutes les jeunes filles portent des ongles artificiels, souvent très longs.

C’est vrai. Le gel a totalement démocratisé les ongles artificiels, qui ont pris une ampleur incroyable. Les très longs ongles que l’on voit aujourd’hui sont souvent réalisés avec des capsules américaines, collées directement sur l’ongle puis décorées. Le problème, c’est que beaucoup de jeunes appliquent elles-mêmes des produits achetés sur internet, qui ne respectent pas toujours les normes sanitaires imposées aux professionnelles en Suisse. Certains composants, comme le TPO ou le HEMA, sont d’ailleurs interdits par Swissmedic en raison de risques d’allergie.

Cette accessibilité a rendu «normal» ce qui était autrefois perçu comme excentrique.

Exactement. Ce qui était réservé aux grandes occasions est devenu la norme. Les gens sont prêts à investir des sommes considérables dans la beauté. La jeune génération reproduit ce qu’elle voit sur les réseaux sociaux: cils démesurés, sourcils très dessinés, visages uniformisés. Des ongles à la bouche, en passant par les cils et le nez, les femmes entre 20 et 35 ans finissent souvent par se ressembler. Or, la mode n’embellit pas forcément tout le monde. En tant qu’esthéticienne, j’ai le choix: suivre la tendance ou tenir compte de la personne en face de moi et la conseiller en fonction de sa morphologie et de sa personnalité. Je privilégie clairement la seconde option.

Certains hommes portent aussi du vernis à ongles, et cela ne choque plus.

En effet. Cela a d’abord été très visible dans les milieux de la musique et du cinéma; les acteurs ont été parmi les premiers à en porter. Aujourd’hui, le vernis – souvent noir ou beige – n’est plus réservé aux stars ou à la communauté LGBT. C’est devenu un style assumé par des hommes qui osent. Plus largement, la manucure est également de plus en plus demandée par les hommes.

Quelles autres tendances lifestyle observez-vous?

La recherche d’une peau totalement lisse. Grâce au laser, la demande pour l’épilation définitive a explosé, ce qui a fait baisser les prix. Alors qu’une demi-jambe coûtait près de 2000 francs autrefois, le traitement est aujourd’hui accessible à des budgets bien plus modestes. Les jeunes ont grandi avec cette norme: se faire épiler est devenu banal, y compris pour le bikini, où la tendance est au «tout lisse».

Les hommes s’y mettent aussi?

Oui, et ils sont souvent très assidus pour obtenir le résultat souhaité, que ce soit pour le dos, la nuque ou le torse. 

Que pensez-vous des femmes qui revendiquent publiquement leur pilosité?

Je peux les comprendre. Du maillot brésilien au bikini intégral, ces normes ont été façonnées par la société et trouvent en partie leurs origines dans l’industrie pornographique. Elles participent à une vision formatée de la femme idéale: sans poils, sans rides, sans cheveux gris.

Un dilemme pour l’esthéticienne que vous êtes?

La société a toujours formaté les corps, mais l’influence massive des réseaux sociaux m’inquiète parfois, surtout pour les jeunes. Il m’arrive de refuser certaines demandes, par exemple lorsque des traitements sont trop agressifs pour une peau jeune. Je ne pousse pas à la consommation et j’essaie d’aider mes clientes à se libérer de cette pression. L’essentiel est que les soins soient choisis pour soi, parce qu’ils procurent du bien-être – même si cela n’exclut pas l’envie de plaire à son partenaire.

Recevez-vous des demandes pour le botox?

Les injections sont réservées aux médecins. En tant qu’esthéticienne médicale, j’utilise l’acide hyaluronique par microneedling, avec une pénétration de 0,4 millimètre, afin de repulper la peau en surface. Mais j’insiste toujours sur un point: la beauté extérieure est profondément liée à la beauté intérieure.

Que voulez-vous dire par là?

Les bases sont simples: bien dormir, limiter le stress et bien manger. Comme les aliments sont aujourd’hui moins riches qu’autrefois, je recommande des compléments anti-âges, comme le collagène, tout au long de l’année.

Cela représente un certain coût.

Tout est relatif. Je préfère investir quinze francs par jour dans ma santé que les dépenser en cigarettes. On parle aussi trop peu des effets secondaires de la ménopause, qui peuvent être soulagés par ces compléments. Les femmes retrouvent de l’énergie, de l’éclat, et les tissus se raffermissent. Après trois mois, les résultats sont visibles et très encourageants. Je pense aussi à la thérapie «Carboxy» qui accélére le métabolisme cutané via ce qu’on appelle l'effet Bohr. Non seulement l'élasticité et la fermeté de la peau sont améliorées, mais les pores sont resserrés et les ecchymoses atténuées tandis que l'équilibre du film hydrolipidique est maintenu.

Vous semblez très convaincue.

Oui, parce que j’aime profondément prendre soin des autres. Conseiller, appliquer des soins, procurer du bien-être: cela me nourrit. J’aime les gens, l’échange, l’écoute, le sentiment d’être utile. C’est ce qui m’a conduite au Rotary Club Vevey-Montreux-Riviera. Après avoir participé à une action solidaire, Image et Partage, et partagé un moment de cuisine avec les membres du club, j’ai été convaincue. J’ai rejoint le Rotary en octobre 2025.

Que fait une esthéticienne médicale?

Une esthéticienne médicale réalise des soins et des traitements esthétiques visant à améliorer ou à préserver l’apparence et la santé de la peau. Elle intervient sur le visage et le corps au moyen de techniques manuelles ou à l’aide d’appareils spécialisés. Son champ d’action comprend notamment des massages remodelants, raffermissants ou anti-stress, des drainages lymphatiques, ainsi que des traitements ciblés contre l’acné, tels que les peelings chimiques, le laser ou le nettoyage en profondeur de la peau.

Elle contribue également à lutter contre le vieillissement cutané grâce à divers traitements régénératifs: soins antioxydants, massages Kobido, thérapies par lumière LED ou autres techniques avancées.

En Suisse, ces pratiques sont strictement encadrées par l’Ordonnance qui détaille l’application de la Loi fédérale sur la protection contre les radiations non ionisantes et le son (O-LRNIS), qui réglemente l’utilisation des dispositifs émettant des radiations non ionisantes à des fins esthétiques et garantit une manipulation sécurisée. Depuis le 1er juin 2024, douze types de traitements ne peuvent être réalisés que par des professionnelles titulaires d’une attestation de compétences. Ceux-ci concernent notamment l’acné, la cellulite, la rosacée, les lésions vasculaires bénignes, les rides, les cicatrices, l’onychomycose, l’hyperpigmentation post-inflammatoire, les vergetures, l’épilation au laser, ainsi que l’élimination du maquillage permanent et des tatouages au laser non ablatif (hors zone près des yeux), de même que l’acupuncture au laser.

Nathalie Monaco a débuté sa carrière par un CFC de vendeuse en parfumerie, avant de compléter son parcours par de nombreuses formations en esthétique, dont l’esthétique médicale. Aujourd’hui âgée de 54 ans, elle a repris la direction de l’Institut The Beauty Corner dans les hauts de Vevey en 2021. Elle n’utilise que des produits d’origine suisse ou coréenne pour les soins de la peau.


La Rot. Nathalie Monaco applique un soin coup d'éclat