À l’heure où quelques clics suffisent pour organiser un voyage, Raphaël Lathion défend une autre vision: celle du contact humain, du sur-mesure et de la transmission. Portrait d’un entrepreneur valaisan qui co-dirige avec deux cousins et une cousine une entreprise familiale qui, depuis plus d’un siècle, n’a jamais cessé de franchir les frontières.
Un rendez-vous en vue d’un portrait pour le magazine du Rotary Suisse-Liechtenstein? «Pourquoi pas», nous répond Raphaël Lathion, directeur commercial de Lathion Voyages et Transports SA, avant d’ajouter, avec naturel: «Nous pourrions d’ailleurs commencer par un café.»
La proposition résume peut-être à elle seule l’essence des services offerts par une agence de voyage traditionnelle, devenue plus rare à l’ère du tout-numérique: établir un contact direct avec le client, prendre le temps d’écouter ses attentes, proposer des solutions sur mesure. Car soyons honnêtes: aujourd’hui, quelques clics suffisent pour acheter des billets d’avion ou réserver un hébergement sur des plateformes en ligne. L’intermédiation d’un agent de voyage n’est plus une nécessité absolue pour franchir les frontières.
Dans son bureau situé à Sion, face à la gare, l’agence accueille le public dans une atmosphère évoquant le lobby d’un hôtel moderne: lumineuse, aérée, chaleureuse. Raphaël Lathion esquisse un sourire. Ses services ne sont peut-être plus une nécessité, concède-t-il, mais assurément un confort et une sécurité que beaucoup continuent de rechercher.
Les temps où les billets d’avion étaient de véritables papiers de valeur, soigneusement rangés dans une valise que Raphaël emportait aux quatre coins du monde en tant qu’accompagnant de voyage, sont certes révolus.
Pourtant, l’expérience, le savoir-faire et surtout le vaste réseau de contacts privilégiés – non seulement avec les compagnies aériennes, mais avec l’ensemble des partenaires de voyage – demeurent des atouts majeurs. Des atouts qui font leurs preuves depuis bientôt soixante ans auprès d’une clientèle fidèle.
Croissance du secteur «premium»
«Nous construisons des voyages à la carte. Nous prenons en charge les documents de voyage, les transferts, les hébergements, les visites avec des guides locaux, les repas…» Parmi les spécialités de l’agence figurent les voyages de groupe, souvent organisés pour des associations, des sociétés ou des entreprises issues des régions où Lathion Voyages est implantée: Sion, Sierre, Monthey et Montreux. Une manière conviviale de traverser les frontières et de partir à la découverte d’autres pays et cultures.
Ce qui a profondément changé ces vingt dernières années, selon Raphaël, c’est la taille des groupes. Autrefois composés de cinquante personnes ou plus, ils sont aujourd’hui nettement plus petits. La tendance est à une personnalisation accrue. «Le secteur premium prend de l’ampleur», confirme-t-il. La marque Lathion Collection propose ainsi des circuits en petits groupes francophones, notamment à Oman, en Lituanie, en Arménie ou encore le long du fleuve Congo, «conçus pour offrir une expérience unique, alliant confort, authenticité et service personnalisé à chaque étape».
Du mulet à l’autocar
Que de chemin parcouru pour cette entreprise familiale aujourd’hui dirigée par la quatrième génération, dont fait partie Raphaël! Une histoire qui commence bien loin des voyages organisés, dans un Valais encore rural, lorsque l’activité reposait sur le transport de charbon à dos de mulet. Dès 1918, Jules Lathion pose les premières pierres de l’entreprise.
Rapidement, l’activité se développe et se diversifie avec le transport de marchandises destinées aux grands chantiers hydroélectriques, notamment ceux de Grande Dixence et de Cleuson.
Dans les années 1950, les mulets cèdent la place aux véhicules motorisés. Une transition décisive qui, dans les années 1960, marque un tournant: l’activité de transport s’élargit et s’ouvre progressivement au voyage.
Avec une pointe de nostalgie, Raphaël sort de la fourre les photos que son père Paul lui a confiées pour l’entretien. On y découvre l'arrière grand-père Jules, enfant de Nendaz, perché au-dessus de Sion, posant fièrement à côté d’une élégante voiture six places. Dès 1927, il transportait déjà des passagers dans la vallée pour la Poste, jetant ainsi les bases d’une aventure entrepreneuriale durable, solidement ancrée dans le territoire mais résolument tournée vers l’extérieur. Notons au passage que le Valais partage une partie de ses frontières avec l’Italie, et Milan n’est qu’à trois heures de route.
En 1939, la ligne postale exploitée par Jules transportait une quinzaine de personnes par jour. Six ans plus tard, ce chiffre est multiplié par seize: un premier car Saurer/Lauber est acquis. Portée par le développement touristique de la région de Nendaz, l’entreprise prend alors le tournant du voyage. Dans les années 1960, Pierre, fils de Jules, diversifie les activités et ouvre un premier bureau de voyages à Sion: celui-là même dans lequel nous sommes installés aujourd’hui avec son petit-fils Raphaël pour l’interview.
Après le décès subit de Pierre en 1973, ce sont ses cinq fils – Michel, Antoine, Jean-Bernard, Jacques et Paul, le père de Raphaël – qui reprennent le flambeau et assurent la continuité de l’entreprise.
Dans les années 1990, une nouvelle activité voit le jour avec l’ouverture d’une décharge pour matériaux inertes. Aujourd’hui, Raphaël, ses deux cousins et sa cousine sont à la tête de ce qui est devenu le Groupe Lathion. Ayant partagé de nombreuses activités dès l’enfance, la collaboration se déroule harmonieusement, y compris sur le plan professionnel. «Nous avons un bagage commun. On partage souvent les mêmes idées et on se dit les choses facilement», confie-t-il en souriant. «Trente ans dans la même entreprise, c’est devenu rare de nos jours.»
Raphaël assure avoir rejoint l’entreprise par choix, sans pression particulière. Une évidence, dit-il, tant il a grandi dans cet univers. Il a vu son père et ses oncles conduire eux-mêmes les autocars, et a aussi pu parcourir le monde avec ses parents: l’Europe bien sûr, mais également l’Afrique du Nord, les États-Unis et l’Amérique du Sud. Un voyage en Scandinavie en bus l’a particulièrement marqué dans son enfance. Plus tard, ce sont ses périples au Pérou et en Bolivie ainsi qu’à Bali, partagés avec son épouse, qui ont laissé en lui des souvenirs indélébiles.
Mais le voyage n’est pas le seul fil conducteur de l’ADN familial. Le Rotary en fait aussi partie intégrante. Pierre, le grand-père de Raphaël, fut le premier Rotarien de la famille. Deux de ses fils lui ont emboîté le pas: Jacques et Paul, le père de Raphaël. «C’est un vrai Rotarien», s’exclame ce dernier: membre du Rotary Club de Sion depuis cinquante ans, il y participe encore régulièrement.
Raphaël reconnaît avoir mis un peu plus de temps avant de s’engager à son tour. Il souhaitait avant tout être pleinement disponible, ce qui était difficile lorsque ses deux enfants étaient encore jeunes. Il a finalement adhéré il y a une dizaine d’années. Même s’il connaissait déjà nombre de membres par l’intermédiaire de son père, il dit y avoir fait de très belles rencontres et avoir élargi tant son réseau professionnel que personnel. Et de traverser, une fois encore, des frontières — cette fois au sens figuré. «Au Rotary, on partage un repas avec des personnes aux côtés desquelles on ne se serait sans doute jamais assis autrement. C’est formidable.»