Pro Table est plus qu'un magasin spécialisé : ici, on torréfie le café, on cuisine, on rit – et on cultive l'art de la table. L'établissement est dirigé par Roman et Cyrill Wehrle, père et fils, tous deux membres du Rotary Club.
L'art de la table ne commence pas avec la porcelaine. Il commence par une décision. La décision de prendre le temps – pour les autres, pour les conversations, pour l'instant présent. Une table n'est pas seulement un meuble, c'est un lieu où les relations humaines trouvent leur place.
Beaucoup associent encore l'art de la table à des règles, à l'étiquette et à une certaine rigidité. À des serviettes amidonnées, à des procédures fixes et à l'incertitude quant à la bonne fourchette à utiliser. Mais au-delà de ces images, il y a autre chose : la table comme lieu de rencontre. Un espace de créativité. Une occasion de se montrer – non pas parfait, mais personnel. Les deux Rotariens, Roman et Cyrill Wehrle, transmettent précisément cette vision depuis des décennies dans leur magasin Pro Table.
Chez Pro Table à Saint-Gall, l'art de la table n'est pas considéré comme un concept rigide, mais comme une notion vivante. « La table doit être un lieu de rencontre », explique Cyrill Wehrle, qui dirige Pro Table depuis 2019. « Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon de faire. Il faut se sentir libre et simplement se réunir autour de la table. » Pour lui, l'art de la table n'est pas une mise en scène, mais une ouverture d'esprit qui permet aux contraires de coexister. « Même si l'on a hérité d'argenterie, on peut sans problème la combiner avec de nouveaux couverts. » Ce n'est pas l'uniformité qui est déterminante, mais la conviction intérieure qui la sous-tend.
Ce thème est aujourd'hui plus actuel que jamais. On mange souvent sur le pouce, entre deux rendez-vous, les yeux rivés sur son écran. Ce que l'on perd ainsi, ce n'est pas seulement du temps, mais aussi de la présence. « Les relations humaines ne sont nulle part aussi belles qu'à table », déclare Cyrill Wehrle. La table devient ainsi une alternative silencieuse à la culture de l'accélération du quotidien.
Ce qui reste quand on prend le temps
Pour lui, cette attitude s'est développée au fil de sa vie : il a grandi dans une famille où l'on mangeait ensemble et où la table était bien plus qu'un simple lieu où l'on se nourrissait. « Nous avons toujours mangé tous ensemble, sans téléphone portable, sans distraction. On racontait sa journée, on attendait que tout le monde ait fini et on se levait ensemble. » Il s'agissait de règles simples, fondées sur le respect et l'attention. L'art de la table comme pratique quotidienne.
Pour son père, Roman Wehrle, cette idée est également centrale. M. Wehrle Senior ne parle pas de l'art de la table comme d'une tendance, mais comme d'une constante anthropologique : « S'asseoir à table et communiquer, c'est le plus important. C'est ce que nous, les humains, faisons depuis des millénaires, même si, à l'origine, il ne s'agissait que d'une cuillère en bois. » À une époque où l'on est joignable en permanence, le fait de s'asseoir consciemment ensemble redevient d'autant plus pertinent. « Avec le téléphone portable, cela devient encore plus important. Il faudrait prendre beaucoup plus souvent le temps de faire une pause, de manger tranquillement et de discuter ensemble. » Dans ce sens, l'art de la table signifie ralentir le rythme. « Cela ne doit pas forcément durer des heures », acquiesce Cyrill Wehrle. « Parfois, une demi-heure suffit. L'essentiel est de prendre consciemment le temps et de ne pas manger uniquement pour se rassasier. » Il s'agit de bien plus que de la simple prise de nourriture : il s'agit d'échanger, de savourer, de se régénérer mentalement et physiquement.
Leurs convictions se reflètent également dans leur conception de la qualité. Un bon objet ne révèle pas sa valeur au moment de l'achat, mais à l'usage, après des années ou des décennies, lorsqu'il a fait ses preuves et qu'il inspire confiance. Chez Pro Table, les produits ne sont pas seulement sélectionnés : chaque pièce est connue. « Nous travaillons avec des fournisseurs et des fabricants de longue date. Nous testons nous-mêmes les produits et savons exactement d'où ils viennent », explique M. Wehrle Junior. Cette connaissance permet d'instaurer la confiance.
Pour M. Wehrle Senior, cela implique également de la cohérence : « Chez nous, chaque client peut emporter les couverts chez lui et les tester. Cela n'a aucun sens s'ils ne tiennent pas bien en main. » La qualité doit faire ses preuves au quotidien, et non dans une vitrine. Et cela vaut vraiment pour le quotidien, car de nombreuses familles n'utilisent leurs couverts en argent et autres pièces similaires que lors d'occasions spéciales. « Les belles choses doivent être utilisées, et non rester dans un tiroir pendant la majeure partie de l'année. »
Cela apparaît clairement lorsqu'on leur demande quels sont les objets indispensables à leurs yeux. Pour Cyrill Wehrle, il s'agit d'une simple poêle en acier chromé. « On peut tout faire avec : des œufs au plat, des röstis, des plats mijotés. C'est un objet dont j'ai besoin tous les jours. C'est quelque chose que l'on garde toute sa vie », dit-il. Son père cite la coupe en argent. « Il n'y a rien de plus beau et c'est tout simplement une révélation de boire dedans. Que ce soit de l'eau ou du champagne. » Ces deux exemples traduisent la même conception : la qualité n'est pas réservée aux moments exceptionnels, elle est synonyme de fiabilité et de beauté au quotidien.
Pro Table ne se considère pas comme un espace de vente classique, mais comme un lieu de rencontre. Les gens doivent en repartir avec un sentiment positif, qu'ils aient acheté quelque chose ou non. « J'aime voir les gens heureux et reconnaître la valeur d'un produit », explique Cyrill Wehrle. « Cela contraste souvent avec la culture commerciale habituelle. » Son père ajoute : « Chaque client doit quitter le magasin avec le sourire. Cela doit avoir été une expérience agréable, avec des rencontres sympathiques, des conseils compétents et/ou simplement une bonne conversation. »
Cuisiner ensemble, partager des expériences
La conception de l'art de la table se reflète clairement dans l'école de cuisine « cook + eat », qui existe depuis plus de 25 ans. Discussions, découpes, cuisine, rires. Des soirées où des inconnus deviennent des convives. « Il s'agit de partager, d'échanger, de savourer », expliquent les Wehrle. Les soirées sont marquées par la convivialité et l'ouverture d'esprit, à l'instar des déjeuners rotariens. « Chez nous, on peut s'essayer à de nouvelles choses et être créatif. C'est un moment de convivialité et de rencontre dont on peut profiter pendant toute une soirée. » Cela crée des espaces qui vont au-delà de la simple gastronomie. Les personnes seules y trouvent des contacts, les personnes très occupées une pause consciente. « Beaucoup de médecins ou de managers viennent ici pour se détendre consciemment », explique M. Wehrle. « C'est bon pour l'âme, en plus de la bonne cuisine. »
Le site de Saint-Gall reste discrètement en arrière-plan. La tradition textile et culturelle de la ville, l'esprit manufacturier, le savoir-faire artisanal et la constance – tout cela façonne l'identité locale. « L'esprit manufacturier est chez lui ici », rapportent les deux associés, « et c'est exactement ce que nous transmettons. »
La nouvelle génération se distingue donc moins par sa philosophie que par la manière dont elle la transmet. Les moyens de communication modernes sont utilisés sans en modifier l'essence. La qualité et le service restent les mêmes. « Je ne pense pas que nos idées diffèrent beaucoup », déclare Cyrill Wehrle. « Nous avons la même attitude, mais nous utilisons aujourd'hui parfois simplement d'autres outils pour la transmettre. »
Au final, l'art de la table n'est pas une question de style. C'est une question d'attention. Elle se manifeste par la volonté de ne pas écourter le moment présent. Par le fait de considérer le fait d'être ensemble non comme une interruption, mais comme le cœur de la vie quotidienne. Une fois la table débarrassée, il ne reste pas d'images parfaites. Il reste des conversations. De la proximité. Des souvenirs. Et parfois, c'est exactement ce qui compte.