Psychologue, pasteur, homme de réseau, Rotarien – et, depuis juillet, évêque de Saint-Gall : Beat Grögli incarne une Église du cœur, qui écoute au lieu de juger. Et une foi qui donne du sens au lieu de donner des leçons.
Cent jours après son entrée en fonction, Beat Grögli rit. Non pas le rire d’un homme arrivé, mais celui de quelqu’un qui se sait en chemin.
« La machine tourne, l’agenda est à jour, l’élan est là », dit-il, et quiconque s’assoit face à lui le croit immédiatement. Pas de grand discours enflammé sur la vocation : on rencontre un homme apaisé, confiant, rayonnant de joie. Ce mot – joie – reviendra souvent au fil de la conversation. Car pour lui, elle n’est pas un accessoire : c’est un moteur.
Faire carrière ? Ce ne fut jamais son objectif, plutôt une conséquence naturelle. Adolescent, il voulait devenir boulanger – il aimait l’odeur du pain. Puis, comme ses cousins, il envisagea un poste à la poste. Vers quatorze ans, le désir de devenir prêtre s’imposa : la quête d’une vie « pleine de sens et de cohérence ». « Je veux vivre dans mon travail », dit-il. Quant à la fameuse work-life balance, il la juge trompeuse : « Comme s’il y avait d’un côté la vie, et de l’autre le travail ! »
La joie plutôt que l’auto-optimisation
C’est peut-être là le secret de sa légèreté. Celui qui vit le sens, au lieu de le chercher fébrilement, dégage une paix intérieure.
On découvre un homme de foi qui écoute vraiment. Quand des personnes viennent le voir avec leurs doutes ou leurs blessures, il les regarde et les écoute : « Beaucoup ont le sentiment d’être invisibles. Redonnons-leur un regard ! » Une phrase simple, mais qui résonne longtemps.
Sa force, Beat Grögli la puise dans des rituels solides. Il célèbre presque chaque jour la messe, prend régulièrement du temps pour la prière, l’accompagnement spirituel et la supervision. « Du coaching spirituel », sourit-il. Cet accompagnement est pour lui un espace protégé, un lieu de confiance où il peut tout dire. « Il m’arrive de douter des hommes, des institutions, parfois de moi-même. Mais jamais de Dieu. Deus est, disaient les mystiques – Dieu est. »
Sa foi est enracinée, façonnée par l’expérience et la confiance. Adolescent déjà, il prenait Dieu au mot. « N’aie pas peur, je suis avec toi » – cette phrase l’a marqué pour toujours. S’il le disait, il voulait le vérifier. « Je te prends au mot », pria-t-il. « Fais-moi sentir que tu es là. » C’était presque un pari, se souvient-il – non pas de défi, mais de curiosité. Et cette ouverture, cette confiance, ne l’ont jamais quitté.
Alors que beaucoup méditent sur la pleine conscience et que l’auto-optimisation devient un marché à part entière, Beat Grögli reste serein. « Souvent, tout cela n’est qu’une pression de performance déguisée en spiritualité », dit-il. « Le message chrétien, lui, vise exactement l’inverse : il veut libérer. Dieu est déjà là, avant que j’aie accompli quoi que ce soit. » Cette certitude, il l’appelle délivrance. Un Dieu qui sème plutôt qu’il ne compte, généreux, prodigue, libre. « Un peu tombe sur le chemin, un peu dans les ronces, un peu sur la bonne terre », dit-il. « Et cela suffit. »
Dans cette générosité, il voit le véritable contre-modèle à la culture de la performance : celui qui se sait porté n’a plus rien à prouver – et trouve là son sens.
L’évêque Beat veut une Église au cœur ouvert. Son motto épiscopal In concordiam Christi – « unis dans le cœur du Christ » – en est le symbole. Le cœur du Christ est ouvert à tous. Concordia signifie unité, concorde – et rappelle la concordance helvétique : pas toujours confortable, mais solide.
Il aime penser en images. Parmi ses modèles, il cite le pape François, décédé ce printemps, qu’il considère comme un maître des gestes silencieux.
Certaines scènes sont restées gravées : le pape seul sur la place Saint-Pierre sous la pluie, au plus fort du confinement ; sa petite Fiat 500 au milieu des limousines officielles ; sa prière au mur des Lamentations à Jérusalem – et à celui qui sépare Israël de la Cisjordanie.
Pour Beat Grögli, la vraie force de l’Église ne réside pas dans le pouvoir, mais dans le langage : dans les gestes qui touchent, dans les paroles qui font bouger les cœurs. Comme curé de la cathédrale, il a appris qu’il faut traduire les grands mots pour qu’ils soient compris.
« La justification, par exemple, c’est en réalité le soulagement : je n’ai pas besoin d’avoir toujours raison. » Il marque une pause : « Au fond, c’est cela le cœur du christianisme : je n’ai pas à me justifier sans cesse. » Et de citer Martin Walser : « Cette fichue manie d’avoir raison ! » – un clin d’œil qu’il adore. « J’aime qu’un écrivain explore ainsi un grand concept chrétien. » Ainsi, la théologie devient compréhension, le dogme dialogue – clair, précis, vivant.
Le sens du service
Ce qui se dit en paroles trouve sa forme dans la vie quotidienne. En grec, explique-t-il, le mot biblique oikonomos – l’économe – signifie littéralement concierge. « Je suis donc, en quelque sorte, le concierge du diocèse », dit-il en riant. « Et c’est une belle mission. »
Un concierge veille à la lumière, à la chaleur, à l’ordre. Il prend soin de ce qui lui est confié – et le transmet. Ce n’est sans doute pas un hasard si Beat Grögli voit là le cœur même du service : veiller, soigner, permettre.
En tant qu’évêque, théologien et pasteur – et, d’une certaine manière, concierge – il fait partie d’un vaste collège de quelque 5 000 confrères : un réseau spirituel plus étendu que bien des corps diplomatiques.
Mais malgré cette ampleur, Beat Grögli garde les pieds sur terre. Il parle ouvertement du manque de personnel qualifié et de la difficulté, dans une société en mutation rapide, de rester orienté. « Le grand art, c’est d’évoluer sans se perdre », dit-il. Le sens naît, selon lui, là où les gens se soutiennent mutuellement.
Cet esprit de solidarité, de service et d’aide, il le retrouve aussi chez Rotary, dont il est membre depuis 2016 (RC Saint-Gall-Freudenberg). « L’humilité, c’est le courage du service », dit-il. Non pas la soumission, mais la responsabilité : élargir le regard, penser au-delà de soi. Et puis, il y a la joie – ce fil conducteur discret, chez Rotary comme dans sa foi.
« La joie du travail donne de la force », dit-il. « Et elle est contagieuse. » On le croit volontiers : que ce soit dans la cathédrale, lors d’un déjeuner rotarien ou en entretien, son rire est franc, communicatif. Et cela aussi, dit-il, est une vertu souvent négligée de la foi.
À la fin, il devient plus calme. Entre Noël et Nouvel An, confie-t-il, il souhaite « un peu plus de silence – du temps pour les amis, la famille, les rencontres ». Et pour le monde ? « Plus de paix. Une politique qui place le bien commun avant les intérêts particuliers. »
Puis il se lève, serre la main – et rit de nouveau. Ce rire, c’est peut-être la plus belle définition du sens : la joie partagée.
À propos
Beat Grögli (né en 1970) est originaire de Wil (SG) et a été ordonné prêtre en 1998. Après des études de théologie et de philosophie à Fribourg, Vienne et Innsbruck, ainsi qu’un diplôme en psychologie à l’Université pontificale grégorienne à Rome, il a exercé divers ministères pastoraux à Saint-Gall. De 2013 à 2025, il fut curé de la cathédrale Saint-Gall. Le 5 juillet 2025, il a été consacré douzième évêque du diocèse de Saint-Gall.& Sa devise épiscopale : In concordiam Christi – Unis dans le cœur du Christ. Beat Grögli est membre du Rotary Club Saint-Gall-Freudenberg depuis 2016.